Je travaille avec des signes et des symboles, et lorsque je me tourne vers la gravure, je suis attiré par la reproduction d’œuvres d’art réalisées par d’autres (moi y compris). Ces œuvres servent en quelque sorte de matière première vénérée, soumise à mon « abus » créatif afin d’atteindre une sorte de nouveau point de départ — à tout le moins. Au Centre SAGAMIE, je vais me pencher sur une double thématique : l’industrialisation et la médiation de la guerre (et de l’empire). J’ai choisi de réaliser ce travail en prenant le Guernica de Picasso comme symbole.

Ma première intervention sur cette œuvre monumentale remonte à 27 ans, lorsque j’ai « importé » le tableau en la reproduisant à l’échelle à l’aide d’une photocopieuse de bibliothèque. Le résultat était une version déformée de Guernica, composée de 224 feuilles de papier épinglées au mur et mesurant environ 3,45 m x 7,82 m. Comme il m’était impossible de me rendre en Espagne à l’époque, c’était une autre façon de travailler avec cette œuvre. Aujourd’hui, ma motivation est semblable. En ce temps de pandémie, doublé d’une réticence à prendre l’avion à l’ère du réchauffement climatique, je me demande si je verrai un jour l’original. Mais ce n’est pas tout, la convergence de l’histoire et de l’actualité me rappelleront toujours que la guerre n’est vraiment jamais acceptable — point à la ligne. Si l’art, sous une forme ou une autre, peut donner écho à ce message, cela en vaut certainement la peine. Je me rendrai au Centre SAGAMIE avec ma photocopie de Guernica, dans le but de numériser les 224 pages, afin de transformer l’œuvre une fois de plus, cette fois-ci de manière numérique — en la faisant passer à l’ère électronique. Il reste à voir quelles nouvelles itérations sont possibles…

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