DÉMARCHE ARTISTIQUE
Comme dans les romans
Corpus imprimé dans les ateliers d’Estampe Sagami à l’été 2002

La source de cette proposition provient d’un vif intérêt longtemps entretenu avec certains auteurs littéraires et leurs espaces fictifs. Épiée et disséquée à travers ma lorgnette personnelle, cette circulation d’univers pénétrant le mien s’est révélée être une matière fertile permettant de créer un relais dans un travail sur la structure narrative (préoccupation omniprésente dans mes recherches antérieures).

C’est par le biais de leur voix familière que les choix esthétiques du projet s’orientent vers des échappées bricolées, évocations subjectives à partir de l’essence singulière de ces géographies fictives.

Ici, la fiction littéraire se fait fiction imageante.

La réalisation de ce projet prend la forme de mises en scène à échelle réduite (maquette) en colligeant un amalgame de dessins, d’objets bricolés, de fragments photographiques, le tout théâtralisé par un éclairage distinctif. De sources parfois biographiques, parfois géographiques, parfois thématiques, certains aspects de l’œuvre sont transposés en espaces métaphoriques à l’intérieur de la maquette. Considérés comme les pièces de différentes natures d’un cabinet de curiosités, chaque mise en scène est ensuite immortalisée dans un effet d’ensemble prédominant. Cet instant est, par la suite, médiatisé par une impression photographique numérique, nous restituant ces compositions hybrides, allusions condensées à chacun des auteurs.

Les auteurs sont auscultés tour à tour dans leur fondement pour ensuite se métamorphoser dans des déplacements où la narration devient un matériau potentiel. Évitant les écueils de la littéralité et de l’illustration, cette manipulation est mise à contribution dans une ré interprétation qui tente de cerner la notion de dépossession chez Paul Auster ; la négation et l’anti érotisme chez Thomas Bernhard ; l’antihéros et sa soumission chez John Fante ; l’immaturité chez Witold Gombrowicz ; le libertinage érotique chez Milan Kundera ; la nature en constante représentation pour Robert Lalonde ; le caractère anthropomorphique de l’objet chez Francis Ponge ; la notion de responsabilité sociale chez José Saramago ; la théorie des âmes multiples chez Antonio Tabucchi ; la mort comme solution ultime chez Stephan Sweig.

Le décalage entre le réel et le fictif créé par l’auteur désigné, trouve son prolongement dans une expérience visuelle du récit. Une distanciation supplémentaire comme vecteur de subjectivité est ainsi induite lors du résultat photographique qui en propose une lecture autre, moment suspendu dans le processus de l’espace scénique de la maquette. Il s’agit moins dans ce travail d’illustrer des univers criant leur vérité que d’y suggérer quelques poèmes visuels inspirés du rapport sensibles issus de ces microcosmes.

Ces projections fictives jouant à la fois sur l’écart d’échelle puis sur l’approche lowtech / hightec
(petits bricolages / photos numériques grand format) explorent, autour de l’Âge d’or du roman contemporain – Guy Scarpetta - la frontière entre les pratiques narratives littéraires et visuelles ainsi que les codes d’associations inhérents à ces modes d’expressions. Cette littérature dominante qui a profondément marqué le dernier siècle, n’est-elle pas révélatrice d’une archéologie de l’imaginaire où le désir de la sortie de soi devient une envolée nécessaire à notre besoin paradoxal de vérité?

L'APPORT DU NUMÉRIQUE
Depuis plusieurs années, mon travail s’inscrit dans une approche qui sondent différents modes de représentation de l’image. Son pouvoir de vérité et de facticité est questionné dans des contenus où transparence et opacité, caractère matériel et immatériel s’organisent dans des stratifications de l’image. Celles-ci tentent de vérifier comment les stratégies de la représentation (simulation, mimésis, apparence) interagissent sur notre appréhension au réel lorsqu’il y a simultanéité de l’information.

Cette réflexion prend la forme d’une interpénétration du photographique (l’ancien, le traditionnel et le numérique) et du pictural (peinture, dessin, traces) sur un même support. L’ensemble des déplacements entre les médiums produit une circulation où la corrélation avec l’espace narratif se charge d’éprouver comment un langage hybride médiatise le réel.

C’est dans ce contexte de recherche que les outils numériques sont intégrés dans ma pratique et utilisés pour leur grande souplesse dans les structures de création et de production. Ils deviennent non seulement un instrument supplémentaire pour l’artiste mais un complément interprétant les commandes de l’auteur. Désormais, l’atelier (l’espace physique) n’est plus le seul lieu de production d’images