| MICHAËL LA CHANCE est philosophe (esthétique) et écrivain. Professeur en Théorie et histoire de lart à lUQAC, directeur de la galerie dart de luniversité - lOEuvre de lautre, il a enseigné au Doctorat en études et pratiques des arts à lUQAM. Membre du CELAT, chercheur dans léquipe FCAR « La mémoire brisée », responsable du groupe CAMERAS - Création artistique multimédia et recherche au Saguenay, il a signé de nombreux articles de critique dart, de catalogues dartistes et aussi de contributions savantes en esthétique littéraire et visuelle. Il est membre du comité de rédaction de la revue Inter Art Actuel. Son intérêt pour les aspects culturels et philosophiques de la cyberculture la conduit à co-organiser le colloque international de 1997, « Penser le virtuel ». Son recueil de poésie le plus récent : Carnet du Bombyx. Chimera in vacuo bombinans, lHexagone, 2000, 207 p. Ses essais les plus récents : Les penseurs de fer et les sirènes de la cyberculture, Trait dunion, coll. « Spirale », 2001, 218 p. La culture Atlantide, Fides, coll « Métissages », 2003, 182 p. A paraître : Paroxysmes. La parole hyperbolique. Trait dunion, coll. « Le Soi et lautre », 2003. |
| CONFÉRENCE NO 2, LE TIERS NUMÉRIQUE |
| LES DESTINATAIRES ANONYMES. Avant de donner un nom à limage numérique, pouvons-nous comprendre à qui sadresse limage aujourdhui ? Non pas comment elle sappelle (impression, estampe, affichage...) mais qui elle interpelle ? Dans les premiers constats qui touchent limage numérique, plusieurs faisaient remarquer que cette image semble devenir immatérielle : sans support tangible, sans lieu. Limage numérique se détache de son support, particulièrement fluide et mobile, elle est aisément délocalisée - et semble ainsi se prêter à une plus grande interaction avec le public1. Devons-nous demblée penser un nouvel ordre symbolique ? Pouvons-nous considérer les images numériques comme nappartenant à aucun ordre symbolique ? Daucuns croient que lapparition des nouvelles technologies de limage et de la communication nous obligent à développer de nouveaux outils de la pensée et à renoncer à tous ceux dont nous disposions auparavant. Je nen suis pas si sûr. Nous parlons dimages numériques pour désigner les images rendues possibles par des équipements électroniques. Cest faire le constat de notre dépendance envers lélectricité et envers les ordinateurs dans lorganisation sociale comme dans la recherche : notre corpus scientifique et aussi notre corpus culturel ressemblent de plus en plus à un fichier numérique, la réalité (quelle soit matérielle, historique, sociale...) est une information à laquelle nous avons accès par stockage et processus électroniques. Dans ce contexte nous ne saurions dire que lélectricité est sans information. Selon la boutade : les ordinateurs auraient un dieu, ce serait lélectricité. En fait, lélectricité est un signal du monde. Devient même le signal du monde. Tout comme le pneuma pour les Grecs qui était capté par les poètes, filtré selon leur personnalité avant de passer dans le public, de se capillariser dans le corps social; lélectricité est ainsi captée par les ordinateurs selon leur capacité de numériser et de simuler le réel, pour passer dans le public sous forme dimages, de communication et de contrôle. Les images numériques sont une forme que prend lélectricité, laquelle électricité surgit avec une certaine organisation sociale. Cest une certaine intensité au coeur dun ordre symbolique. Limage numérique semble animée par une nouvelle énergie, quand les images et les informations dautrefois auraient été sans énergie, reposeraient dans les livres et les tableaux en attente de prendre forme dans loeil vivant, de sanimer selon lénergie propre à la vie humaine. Nous avons tendance à oublier que depuis toujours limage sallume « dans » la présence humaine. Limage numérique semble posséder une énergie qui lui est propre, elle semble possèder une autonomie et aussi une signification invariable. Pourtant elle nest pas image si elle ne prend pas vie dans des actes de perception et de cognition variables, si les événement bio-électriques de notre cerveau ne prennent pas le relais des événements micro-électroniques dans lordinateur, ses logiciels, ses écrans, etc. Un aspect de cette pseudo-autonomie énergétique de limage, cest que nous considérons plus volontiers linformation sur les phénomènes sociaux comme étant elle-même un phénomène social, nous considérons le savoir sur le monde comme faisant partie du monde. Car limage qui requiert de lénergie électrique (pour sélectionner, combiner, distribuer, circuler, safficher...) est aussi un phénomène matériel dans lunivers, lequel phénomène énergétique se rapporte à la somme totale de lénergie dans lunivers. Alors il apparaît que limage joue un rôle important dans le rapport fondamental entre le possible et lactuel, dans une augmentation du possible dans lunivers. Lorsque PLATON expose sa conception de linspiration artistique dans le Ion, il décrit le passage du souffle (pneuma) divin à travers le poète, lartiste - avant daller toucher le public. Il compare cette transmission du souffle de personne en personne en utilisant la métaphore du magnétisme qui, partant dun aimant, se transpose danneau de fer en anneau de fer. Maintenant cest lélectricité qui est devenue réalité et le pneuma qui est devenu métaphore. Il nous semble que limage a besoin dénergie pour safficher et circuler. En fait, elle bénéficiait de lénergie du pneuma. Nous sommes passés des images pneumatiques aux images numériques, à une époque où il est évident plus que jamais que les informations - et les images - sont des processus matériels. Nous constatons aujourdhui une prolifération de logiciels pour modifier et synthétiser des images. Selon Edmond COUCHOT, la délocalisation de limage et aussi sa grande plasticité, permet à limage de favoriser linteractivité sociale. « Il a fallu concevoir des systèmes «ouverts » qui fonctionnent sur un mode conversationnel (ou interactif). « On ne peut manquer de trouver étonnant que la manipulation de limage soit caractérisée d« interaction ». La véritable interaction prend à partie un matériel culturel et les personnes qui sont impliquées dans les processus social et matériel de sa manifestation. Quentendons-nous exactement par interaction ? Curieusement nous oublions que la véritable interaction bidirectionnelle est réalisée dans le sonore et non dans le visuel, cest linteraction que permet lelectronic switching des téléphones. Cette interaction dimages numériques sonores, qui résultant dun encodage de la voix humaine, est universellement répandue. En prêtant aux images visuelles une puissance dinteractivité, notre technologie de limage devient une utopie de partage. Cependant, cette utopie (interaction planétaire, partage mondialisé, gratuité) a aussitôt été cooptée par la globalisation commerciale et son modèle économico-politique uniforme. Les médias de masse ont volé lidée dinteraction comme le cogito cartésien avait pris en otage lidée dautoréflexion. Lessayiste Pico IYER a décrit cette condition d« itinérant spirituel », ou de sans-abri spirituel, dans le nouveau village global2 : citoyen du monde qui a élu domicile dans le perpétuel transit des aéroports. Peut-on seulement « rencontrer » de tels citoyens - ou « sitoyens » ? Ayant terminé leur exposé avec Power Point, pages Web à lappui, nos technophiles sont trop occupés à démêler les fils de leurs ordinateurs et vidéoprojecteurs pour répondre aux questions individuelles. Interactivité zéro. La virtuosité techno-numérique est devenue une fin en soi, la création de routines exécutables est devenue une création artistique. Déjà nous avions quelque peu oublié que loeuvre dart demblée nétait quun prétexte pour aller à la rencontre les uns des autres. Aujourdhui les techno-fétiches renouvellent la fonction du fétichisme sexuel : occulter la différence, assurer le primat de la représentation qui fera écran. Tout le reste serait non-lieu où des images itinérantes circulent à la rencontre de destinataires décontextualisés3. Aujourdhui limage fait écran dautant quelle a besoin dun écran pour safficher. Cest un mauvais jeu de mots, mais cest surtout une réalité. Les médias de masse ont volé lidée dinteraction ; pire que cela, linfocratie prend le contrôle de linteraction sociale, - ce qui naurait pas été possible si la société ne connaissait pas demblée une érosion substantielle : correcte mais froide, corporative mais désindividuée, république des « néopuritains », qui ne sont que volonté et restent sans amour4 - selon lexpression de Rollo MAY. La feuille de vigne nous est montée au visage : la feuille de vigne sappelle CRT ou plasma, écran par lequel nous croyons pouvoir parler à tous, pour finalement ne parler à personne. Parler à tous : qui « tous » ? Des personnes sans préoccupations nationales, linguistiques, sexuelles - et sans héritages à défendre ? Lartiste du numérique, qui se réjouit de la capacité de nos nouvelles quincailleries dajouter à la prolifération des images, se retrouve le plus souvent dans la situation abstraite de produire un contenu pour des gens qui nauraient pas déjà un contenu à défendre, qui nauraient pas des exceptions à préserver et des particularismes à protéger. Il devient aussi difficile de protéger son exception dans le bloc occidental que de chercher à affirmer lextériorité dune position non occidentale. Que fait limage numérique dans tout ça ? Elle serait production immatérielle dun contenu pour des gens qui nauraient pas déjà un contenu à défendre ? Limage numérique polarise un univers symbolique où il devient difficile de marquer la place de lautre. Car il ny a pas de constat de l autre sans mesurer la distance à couvrir, sans considérer le gouffre qui se creuse entre nous et les autres. Pourtant nous croyons combler ce gouffre par le débordement quantitatif des images, et aussi par la multiplication des marqueurs daltérité qui nous laissent croire que nous avons les autres à portée. Lartiste devrait conserver le droit de choisir sil veut exploiter ses particularismes ou pas, et de ne pas se caricaturer lui-même dans un faire-valoir. Il est préférable de ne pas revendiquer une différence plutôt que de lafficher par de pseudo-marqueurs. Il est difficile dy résister : limage numérique semble promettre limage parfaite avec ses layers : une couche dethnique, une couche dhistorique, une couche de promotionnel, une couche desthétique, etc. - tout cela pour un spectateur parfaitement passif et anonyme. II - UNE ESTHÉTIQUE DE LHYPORÉALISME. Limage numérique possède une faculté de mimer lirruption du réel dans la représentation : ce qui lui donne un privilège exorbitant. La capacité inhérente dun médium de paraître plus réaliste, outil privilégié dans la représentation du réel, le place en position dominante par rapport aux autres médias. Ce médium est déplacé quand un autre médium vient tenir la place du réel à son tour. Nous croyons pouvoir lire dans le médium lui-même ce qui lempêche dêtre une description sans défauts du réel : le grain, le défaut, les limites. Loeuvre dart travaille sur les limites et le grossier de son support. Alors lart numérique saura travailler sur ce qui le dénonce comme faux réel, saura proposer une esthétique de lhyporéalisme. Lorsque la télévision est apparue, elle semployait à copier la radio (cétait de la radio filmée) puis trouva bientôt sa spécificité. Par contrecoup la radio se libéra de son exigence de réalisme et devint un médium plus chaud. Ainsi la photographie supplanta la peinture sur certains points ; cétait dabord de la peinture au sel dargent, puis elle trouva sa spécificité. De même, le numérique supplante certaines pratiques traditionnelles sur certains points. Lorsque le numérique copie les anciennes pratiques, nous régressons dans une « mollesse photoshopée » (Hervé FISCHER). Mais bientôt le numérique trouve la spécificité de son énonciation, et cest tous les arts qui se redéfinissent devant le numérique. Monsieur JOURDAIN découvre quil faisait de lanalogique sans le savoir. Nam sine numerica vita est quasi mortis imago5. Nous comprenons mieux le pouvoir structurant de nos médias et de nos équipements électroniques. Leur pouvoir structurant comme médiation et support se révèle déterminant jusque dans nos innervations sensibles. La métaphore « image = virus positif » a été proposée par les méméticiens ; elle apparaît dautant plus pertinente à une époque où nous apprenons que les virus nous ont façonnés6. Quel est le verrou culturel que limage doit faire sauter ? Nous postulons que limage numérique sinscrit directement dans notre enveloppe psychoculturelle et quelle ne saurait miroiter autrement. Certains font lapologie des moyens techno-culturels comme ils vantent les mérites dun aspirateur quils font passer sur le tapis du salon, - après avoir renversé eux-mêmes le cendrier sur ce tapis. Ils omettent de commenter le style de vie qui garantit la présence dun tapis au salon, qui exige la propreté de ce tapis, - et cultive une phobie des acariens. Laspirateur serait le produit dun style de vie ? Certes. Limage numérique aussi. Lart numérique requiert des appareils sophistiqués, ce qui aurait pour conséquence de le rendre fragile et éphémère. Loeuvre qui dépend dun matériau simple (marbre, bronze...) saurait-elle davantage durer7. Une oeuvre, si durable soit-elle, saura-t-elle toujours jouer un rôle culturel ? Le regard se déplace, le visible se découvre dautres frontières, les oeuvres du passé ne sont plus que des empreintes. Je me demande si les chasseurs du néolithique pouvaient regarder une empreinte animale comme étant plus « expressive » quune autre, ou encore apprécier lempreinte dun « animal artiste ». Ainsi la peinture à lhuile serait-elle devenue à nos yeux une empreinte, quand il nous faudrait - aujourdhui - des environnements virtuels, lesquels en diraient autant des tableaux ! Lun et lautre requièrent cette culture spécifique (picturale, cybernétique...) qui pourrait en rendre la contemplation profitable. Nous pouvons rappeler ici que la computation (le binaire, le numérique) ne tient pas seulement à lélectronique, nous rappeler que nous pouvons « computer » avec du wetware (ADN, moteurs cellulaires) et autres hardwares (nanomachines avec des spins délectrons...) quand la fin de lhistoire hégélienne, cest la fiction posthumaine du réel même devenu ordinateur. Lart numérique simplique dans tous les matériaux où les processus discrets permettent un traitement dinformation : les informations que nous avons conscience de recevoir (lecture, décodage...) et aussi les informations que nous mémorisons, transmettons et par lesquelles nous sommes modifiés (attitude, vision, réflexes...). Malgré la puissance du numérique, nous ne saurions perdre de vue que quelque chose échappe à notre lecture, à la vue même. Que nos codes nextraient quune partie de ce qui sexpose. Ce serait un principe dHEISENBERG appliqué aux médias : nous ne voyons jamais que les objectivations provoquées par le dispositif expérimental dobservation. Pourtant il semble que la globalisation des technologies entraîne la globalisation des schèmes dinterprétation, quand toutes et tous doivent bientôt - semble-t-il - parler le langage international de limage. Cest oublier le paysage culturel (littérature, folklore, culture populaire, héritage ethnique...) que lartiste aura consolidé et dont il se sera nourri. Cest oublier aussi la fonction de limage comme nourriture terrestre et psychique - et aussi de limage comme constituant de notre enveloppe psychique. Voilà pourquoi, avant de parler dimages numériques, nous pouvons parler dimages enveloppantes, organiques, immersives, symbiotiques et aussi : ambivalentes. Car cest dans le contexte élargi dune réflexion sur le rôle de limage que nous pourrons revenir à la question fondamentale de la structure du monde numérique. III - AMBIVALENCE ET TIERS. Nous avons horreur de lambivalence, parce que nous voulons que les choses soient des réalités séparées. Pourtant, ce nest le cas entre lamour et la haine, le don et la voracité, le féminin et le masculin, la vie et la mort, le sens et labsurde, le passif et lactif, le normal et le pathologique, la peur et lattirance - il y a une différence de degrés dans la tension, lintensité et lorientation. À une époque où nous voulons tout reconstituer sur une multitude de choix binaires, nous construisons des cathédrales sur une accumulation de décisions entre oui et non, entre 1 et 0 - lambivalence rappelle que lon ne peut prendre un décision nette, quun choix entre deux options fait davantage que sacrifier lune pour lautre, que ce choix consacre la mystification qui fait croire que les extrêmes sont des réalités différentes alors quils ne sont que tensions contraires dans un même phénomène mouvant, flou, tendu, complexe, en torsion et ... ambivalent ! Il semble que nous ne puissions percevoir - et éprouver - les phénomènes sans les objectiver comme réalités séparées. Comment jouir dune expérience qui maintienne lambivalence et ne provoque pas ces objectivations ? Lexpérience de lart nous accorde parfois le privilège de connaître, quelques rares moments, une tension, ou une torsion, avant que celle-ci soit aussitôt réduite à une opposition binaire. Elle accorde le privilège de connaître un trouble de la conscience mais aussi de laffect, de tout le corps - comme si nous devenions symptômes. Nous croyons que toute logique exige ce découpage binaire et lexclusion du tiers. Hormis les logiques du tiers exclu, il ny aurait pas de pensée rigoureuse. Pourtant, lambivalence invite toujours le tiers, nous rappelle quil était toujours là, que cest en fonction de ce tiers que nous opérons nos partages. Devant quel tiers « oui-et-non » pouvons-nous décider oui ou non ? Montrer une image ou ne rien montrer ? Ce tiers, est-ce linconscient au fond de soi, le non-savoir aux confins du monde objectif, lAutre qui structure le symbolique ? Aujourdhui, avec laide de lensemble des médias, des équipements et des pouvoirs, la collectivité humaine a entrepris de se cadrer de nouveaux territoires existentiels. La pratique artistique, lorsquelle renoue avec la pratique de soi et la célébration de lambivalence, nous propose de percuter les grands agencements économiques, sociaux et culturels qui contribuent à façonner lexpérience que nous faisons de nous-mêmes comme sujets - et produisent des sujets en série, chacun à sa place. Notre pratique propose des « déterritorialisations » existentielles, des subjectivités hétérogènes et singulières. Tel est le tiers, il est « là-et-pas-là ». Là où on ne lattend pas, pas là où on lattend. Par crainte de réveiller la dimension hostile de nos sentiments dambivalence, nous nentrons pas en contact avec la fragilité de nos singularités personnelles. Nous acquérons une erre daller qui conserve nos enveloppes. Crainte de la bisexualité psychique, crainte du corps morcelé, crainte de lâcher prise : notre certitude dêtre doit précéder et chapeauter le réel, mais le chapeau tombe, le réel est alors à découvert, insensé, non capitalisable. On voit alors ce qua toujours manqué le totalitarisme de la quête de sens : le discours de laffect qui a déserté cette quête. Car laffect ne fait pas sens - il semble même quil ne se sent pas. Langoisse est inodore, elle ne se représente pas. Voilà pourquoi nous voulons à tout prix que langoisse soit métabolisée, niée. Parce que langoisse est lambivalence pure. Parce que tout affect est ambivalent. Pourquoi toujours tout séparer et opposer ? Car nous parviendrions ainsi à lannulation de toute chose par son contraire. Nous ambitionnons déradiquer cette vacillation et de ne laisser que le vide en place. Lorsque le vide nous a envahi, il ny a plus de mots ou démois. Telle est notre misère culturelle : pas dimages pour se dire, pas de culture pour se définir, pas dontologie pour sactualiser, pas daltérité pour se contraster. Nous avons des images, mais elles sont sans ambivalence. Pourtant les images numériques sont composées de zéros autant que de uns. Nous avons réduit laltérité à quelques marqueurs qui nont plus de sens. Il est grand temps dinviter le tiers, dans son étrangeté radicale, qui fait naître en nous des attitudes paradoxales. Pouvons-nous envisager un tiers numérique ? Qui permettrait un ressourcement du sacré non pas dans une quelconque et dangereuse soif dabsolu, mais au mysterium fascinans/tremendum de lambivalence extrême en chacun de nous. 1 Edmond COUCHOT, « Image puissance image », Revue d'esthétique, n°7, juin 1984, p. 123-133 (www.olats.org/livresetudes/etudes/couchot1984.shtml). 2 www.scottlondon.com/insight/pdf/iyer.pdf 3 Voir Marc AUGÉ, Non-Lieux : Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Seuil, 1992. 4 Cf. Rollo MAY, Love and Will, 1969. rééd. Delacorte Press, 1995. 5 En fait Jourdain déclame : « Nam sine doctrina vita est [ ] ». 6 Kathy A. SVITIL, « Did Viruses Make Us Human ? », Discover, novembre 2002, p.10. 7 Caractère éphémère également évoqué par lobsolescence des machines et des logiciels. En fait, selon TURING, toute machine peut en simuler une autre. Une application de haut niveau ne saurait toujours prendre en charge les caractéristiques dapplications plus anciennes. Mais un travail de programmation adéquat permettra toujours de simuler une machine et ses logiciels sur une autre machine. Cest plus coûteux, cest tout. Le problème se situe plutôt du côté des interfaces, pour la lecture des supports (carte Keypunch, ruban perforé, floppy, etc.). |