| Je réfléchis en tant quartiste aux différents sujets qui entourent ce colloque. Mes propositions sont imprégnées de mon mode dutilisation des médiums. Dans ma pratique, jadopte « linfographie » comme un médium parmi dautres. Linconvénient évoqué par certains quant au risque dassociation du terme infographie avec les « métiers dart » est un faux problème. Chaque médium est une porte ouverte à de multiples usages. Ce nest pas le médium qui définit lusage quil faut en faire, mais plutôt lartiste qui lutilise. Lhistoire est pleine de cette sorte de questions et de réflexions. Actuellement, les historiens de lart sont en train de revoir leurs propres classifications. Linfographie est dans ma pratique artistique un médium, un dispositif véhiculaire, qui sert à nourrir ma pratique de type transdisciplinaire. Transdisciplinaire signifie ici, une pratique artistique transversale où chaque uvre est le résultat dune rencontre de différents médiums. Ces passages entre des médiums provoquent des interactions qui vont jusquà créer des hybridations entre eux. Le résultat, luvre, nest pas seulement photographique, ni infographique, ni sculptural, ni pictural, mais un peu de tout fusionné. Les médiums se contaminent entre eux. Linfographie est un médium qui se prête pleinement à cette sorte de pratique transdisciplinaire. Plusieurs artistes viennent à être attirés par linfographie, même si leur pratique se situe dabord dans le recours spécifique à un médium, justement parce que linfographie permet à lartiste davoir comme point de départ son (ou ses) médium(s) (dessin, gravure, peinture, photographie, objet, etc.). Ensuite, par les différents outils quelle nous offre, linfographie nous permet de transformer et de manipuler lobjet en processus dinstauration. Nous passons du connu et bien maîtrisé à lexpérimentation. Le passage à lécran-image amène à une dualité de distance et de proximité avec la matière. Dune part, une rupture du contact physique direct avec la matière provoque un certain degré de dématérialisation et, dautre part, à partir de lécran et des outils informatiques, un autre type de contact favorise la manipulation et la transformation de cette image par des explorations cumulatives. Les ressources de linfographie nous jettent vers la surprise, les accidents et lexpérimentation, sans risque (ou presque) de perdre le produit en cours de route par un acte en trop. Aller et revenir sur un acte expérimental, cest un grand plaisir pour lartiste à la recherche du pointum de son uvre. Le résultat se traduit dans le choix de re-matérialiser limage, selon un support et une dimension choisis. Encore là, léventail de possibilités de jeu est énorme de par les différents types dimpression possible (types dencre), grandeurs, supports (papiers, plastiques, tissus, translucides, opaques, flexibles, malléables, etc.). Autre dualité : laccessibilité aux outils, aussi intéressante que dérangeante. Ce médium est attirant lorsque des ressources techniques facilitent laccessibilité, comme cest le cas à lAtelier Sagamie, dans les universités ou les centres dartiste spécialisés. Par contre, la complexité et la diversité des outils nous échappent, cest pratiquement inaccessible avec de nouveaux outils informatiques, de nouvelles imprimantes, des supports pour limpression, etc. La gestion de cette dualité fait très souvent partie du monde de lartiste. Il se plaît là-dedans. Je my plais. Il sagit sans doute dun nouveau médium, mais faisons attention à ne pas le cerner rigoureusement à lintérieur dun cadre, comme une nouvelle discipline à défendre, et à le définir en le cloisonnant. La gravure est passée par ce chemin et je la perçois parfois comme prise dans des normes. Ce qui est attirant pour les artistes dans ce nouveau médium, cest justement quil a débuté dans le passage et le croisement entre des médiums. Sa non spécificité est sa richesse. Marcia Lorenzato, Bruxelle |