Président du centre Sagamie

Infographie d'art: un terme pour qualifier une multitude d'approches singulières.

Avec Nicholas Pitre à la direction, le centre Sagamie entreprend, en 1995, un tournant majeur en faveur de ce qu’on appelait alors et faute de mieux, l’estampe infographique. Avec une cinquantaine de projets de recherche par année, réalisés avec des artistes du Québec, du Canada et de l’étranger, nous voilà maintenant en relation avec un grand nombre d’artistes. Ces artistes ont, la plupart du temps, puisé dans l’imaginaire photo/vidéographique. Ils empruntent aussi aux arts plastiques et vont même chercher dans la création littéraire. Presque toujours en faveur de la fiction, le travail infographique réalisé au centre Sagamie interpelle donc l’imaginaire de presque tous les arts. Le foisonnement des approches, au centre desquelles réside l’ordinateur, nous a donc conduit vers l’usage d’un terme simple et rassembleur : infographie d’art. Ce terme est général, il ne s’adresse pas nécessairement à une pratique artistique en particulier. Au contraire, nous cherchons pour l’instant à réunir toutes les disciplines qui ont recours à l’infographie. Ce recours pouvant être de nature disciplinaire, tel un prolongement d’expression en estampe par exemple. L’infographie d’art est aussi bien un support pour une pratique en installation, en danse, en théâtre, en performance… Le traitement numérique des images peut évidemment orienter un auteur vers les arts médiatiques dans lesquels se trouve une discipline à part entière, l’infographie… d’art.

Infographie d'art: un syntagme pour traiter d'un art, mais lequel ?

Consensuel, le syntagme infographie d’art, relaie celui de photographie d’art qu’il dépasse en moyen et prolonge en concept. Mais, puisqu’elle n’est pas restrictive à une pratique, l’infographie d’art va chercher la raison des démarches singulières, particulièrement celles issues de la fiction. Comme l’œuvre reproductible au début du siècle dernier, le numérique ne cesse de captiver, mais pour des raisons autres et différentes. Attrayante, cette technologie permet de gagner en réalisation sur des imaginaires jugés, il n’y a pas très longtemps, inaccessibles. La chimère d’hier fait place à la réalisation d’aujourd’hui. Si avec l’infographie d’art l’image peut être magnifiée, idolâtrée même, elle se développe, non sans raison, vers l’incrédulité par rapport aux autres arts. Certains lui reproche sa fragilité, d’autres classent l’infographie parmi les médiums de copie, etc. Tous les arts ont un code éprouvé sur lequel repose un faire et un dire, une réalité d’exécution et une vérité de perception, idée, image, affection, sensation, constamment remis en cause, etc.

- Qu’en est-il du code de l’infographie d’art ? - Quelle perception en avez-vous ? - Est-ce toujours de l’art ? - Si oui, lequel et pourquoi ? - Dans le contexte actuel de l’après photographie, voire de l’après de l’art, comment voyez vous l’infographie ?

En infographie, le travail des matières prend souvent un air fictif. Il est très souvent traité au delà du plausible. Avec le logiciel de traitement d’image, le fait réel de la matière bascule presque toujours du côté de l’effet invraisemblable, parfois même n’ayant plus de rapport avec l’univers matériel.

- Défiant “la matière que l’on ne reconnaît plus”, comment faut-il maintenant admettre l’œuvre invraisemblable ? - Si l’effet d’invraisemblance est parmi vos préoccupations, quelle certitude ou quelle vérité mettez-vous en cause ? - Si à vos yeux, comme aux yeux des autres, votre travail sur l’invraisemblance fait sens, par quoi, comment et pourquoi est-il apprécié ?

Exister avec le fabuleux, l’invraisemblable, l’impensable d’alors et l’incroyable de maintenant est fascinant… Mais comment traiter l’artiste manipulateur qui trafique l’image banale en auteur qui fonde et accroît l’invention de l’art ? Comment faire de cet artiste un concepteur en interactivité avec l’outil ordinateur, un médiateur, un conciliateur, un arbitre pour réguler en art les dialogues entre réalité et fiction, vérité et mensonge ? Lorsque le travail d’invention artistique est pris en charge par un logiciel, il se transforme en information. Nous avons tous constaté que cette information devient malléable et qu’en dépit de ce fait, son traitement est souvent hasardeux, voire problématique. Les choix sont nombreux, que faire pour rester crédible ? La plasticité, voire le “jeu” des informations, étonne, elle bouleversent nos croyances et nos habitudes à propos de la vérité. Dans notre société, les communications diffusent des informations données comme certaines, même si parfois, elles sont inexactes.

- Si les informations ne disent plus la vérité, si l’œuvre d’art ne renseigne plus sur les intention de l’auteur, comment appréhender l’infographie d’art ?

En droit, l’information se définit par l’ensemble des actes qui tendent à établir la preuve d’une infraction et à en découvrir l’auteur. Appliquée à l’infographie d’art, cette définition est remarquablement efficace. Elle permet d’enquêter sur un auteur, d’investiguer sa pratique à partir de ses actions, il va sans dire inventives, qui tendent à établir la preuve d’une transgression… - Pour vous, de quelle nature est cette transgression ?

Une disposition pour sauvegarder la pratique inventive.

Dans le but de sauvegarder et de relancer la pratique inventive, il nous apparaît nécessaire, comme en estampe, de poursuivre les impressions en nombre limité. Mais à l’encontre de l’estampe dont les éléments d’impression sont détruits après tirage, nous ne pouvons pas restreindre la circulation d’un écran à l’autre. Nous voulons à la fois favoriser l’objet et encourager sa diffusion, l’échange entre créateurs, si ce n’est valoriser la communication sur le plan culturel. Posséder une œuvre et/ou la rendre virtuellement accessible aux yeux de tous n’est pas du même ressort. Le prix à payer pour encourager la libre circulation d’une idée, lorsque ce n’est pas de l’imagination, ne nous semble pas plus élevé que l’énergie dépensée à protéger le droit à la reproduction. Depuis plus de vingt ans au service de l’artiste (le centre Sagamie fut fondé en 1981 sous l'appellation de l'atelier d'estampe Sagamie), nous avons remarqué que la richesse d’un auteur réside autant, si non plus, dans son talent d’inventeur que dans la réserve de ses droits de reproduction.

Sur ces considérations qui n’engagent que l’auteur de ces lignes, j’aimerais, après le premier résumé, lancer le colloque sur les faits et les effets d’inventions en infographie d’art.

- Comment êtes-vous venu à l’infographie ? - Avez-vous eu le sentiment d’inventer, si oui, de quel imaginaire, de quelle fiction ou de quel art s’agissait-il ? (décrire le phénomène) - Avez-vous appréhendé ou, au contraire, avez-vous bravé l’invention en infographie ? - Quels ont été vos succès, vos échecs ? - Qu’avez-vous gagné, qu’avez-vous perdu par rapport à ce que vous faisiez avant ? - Quelle est la psychologie de cette perte et/ou de ce gain, voire de ce nouvel art ? - Peut-on qualifier l’infographie d’art industriel ? - Si oui, quels en sont les enjeux, comment éviter les pièges ?

Denis Langlois, Saguenay,