DÉMARCHE ARTISTIQUE


FAUSSES MANOEUVRES DANS UN RECUEIL D'ERREURS
DUES À L'INTERVENTION HUMAINE EN INFOGRAPHIE D'ART



LIVRE D'ARTISTE
Sous l’influence de l’informatique, ce qu’on appelle encore peinture dérive parfois vers le traitement de l’image en vue d’une utilisation automatique. Par le biais d’impressions numériques, j’aimerais signaler, en revanche, l’important travail de réflexion que demande l’infographie d’art.

Avec l’ordinateur à portée de main, je pensais, à tort, me reposer du laborieux travail manuel, celui que reçoit souvent un tableau que l’on veut précis.

Produit de l’estampe, du travail des matières, des impressions manuelles, j’appréhendais donc l’infographie. Mais, amusé par le projet d’une image manigancée depuis un pavé digital, je me suis vite retrouvé. Quelle en fut la cause ? Sans doute la filiation d’un état primitif, le toucher.

Dans mon esprit et à cause du pixel, l’infographie d’art prend racine dans les peintures que l’on peint avec des couleurs correspondant à des numéros. En dépit de cette filiation pas très créative, le pavé (numérique) pour faire de la peinture (par numéros) s’est cependant avéré très efficace pour relancer mon travail à propos du tableau perfectible.

Après
les tableaux comme autant de planches d’impression, je désirais toujours aussi explicitement manipuler l’information artistique à partir de l’œuvre d’autrui.

Puisqu’au sortir de l’imprimante, les tableaux retouchés comme les œuvres imparfaites échappent à la vision du correcteur, je dus, pour me faire remarquer, opérer avec lourdeur, mais aussi avec grande subtilité.

Au centre de PEINTURE DIGITAL PAR NUMÉROS subsiste un précieux décalage. En croisant la peinture numérique avec la peinture au doigt, j’idéalise une touche pour l’infographie d’art. L’idée d’une pratique dont le futur artistique est montré du doigt donne à souhait dans un délire de spéculation.

Allusion faite à l’important travail manuel, toujours présent mais rarement valorisé en infographie d’art, il y a dans PEINTURE DIGITAL PAR NUMÉROS une adresse de la main, beaucoup trop distincte pour croire que, dans mes œuvres, l’art se résume au seul traitement automatique de l’image.

PEINTURE DIGITAL PAR NUMÉROS publie la méprise d’un usage courant et abusif en infographie qui consiste à voiler les défauts pour laisser croire à la perfection. De plus, le terme digital en usage fréquent au Québec pour désigner le numérique permet certes d’inventer, mais, à nul autre pareil, il éveille l’indifférence d’une domination culturelle. Avec le mauvais usage d’un anglicisme comme digital, le doigt plongé dans la peinture relève de l’indignation et place, de façon paradoxale, le doigt pointé dans la veine des bonnes manières. Suivant ma conception de l’art qui en est une de provocation, d’appel et d’excitation, le terme DIGITAL dans la PEINTURE PAR NUMÉROS, est ironique. Feignant l’ignorance de l’expression anglaise, la sonorité du mot donne à voir un dessein.

Pour annoncer le fait que, depuis l’écran, l’œuvre d’art établie la preuve d’une manipulation capable de révéler un auteur, je pense que l’infographie d’art doit tendre vers un travail de prestidigitation. Un devoir de magie reposant sur l’habileté de la main qui fait, de façon étrange et singulière, apparaître/disparaître l’intervention humaine à travers l’écran numérique.


FRUCTIFICATIONS ESTHÉTIQUES
Frottages et rehauts sur des tableaux de Marois, Krausz et Vincent
1. Fructifications esthétiques, 1995, à partir de « L’arbre bleu nuit », de Lauréat Marois, 1989.

2. Sculpture torse, 1996, à partir de six frottages de « Sur le motif » de Peter Krausz, 1995.

3. Dessins préparatoires à Vincent, 1997, à partir d’un tableau de François Vincent de 1994.