Je viens de relire le premier résumé du colloque virtuel et voici quelques réflexions.

a) En ce qui concerne la définition ou l’appellation des œuvres numériques:
Infographie me semble assez général pour pouvoir réunir en une seule catégorie les œuvres qui impliquent une manipulation des pixels. Je trouve qu’estampe numérique évoque autant un
« retour à la terre des années 70 » qu’infographie d’art. De plus, est-ce que les impressions à jet d’encre ou à lambda peuvent être considérées comme des estampes? Il me semble que dans le cas de l’estampe, il y a toujours un contact direct avec une matrice physique.

Je ne sens pas le besoin de distinguer infographie et infographie d’art car il me semble que le contexte de présentation et de diffusion arrivent à le faire la plupart du temps. Il y a des tableaux dans les institutions artistiques mais aussi dans les centres d’achat et on appelle les deux de la peinture, non? Par contre, il me semble important de distinguer photographie numérique, infographie et image de synthèse. On pourrait aussi faire une distinction entre imagerie numérique et photomontage numérique parce que ça donne des renseignements utiles concernant la façon dont l’artiste a travaillé, ça renvoie à des usages différents de l’infographie.

b) Est-ce que l’artiste ressent une perte d’authenticité face à la machine?
La complexité des logiciels, la difficulté de les maîtriser complètement, permettent-t-elles à l’artiste de s’exprimer entièrement ou l’ordinateur le place-t-il dans un état perpétuel d’expérimentation? On oubli souvent encore que l’infographie est une technique au même titre que le sont la peinture, la sculpture ou le dessin. L’ordinateur est simplement un outil. Travailler avec un ordinateur demande un apprentissage qui est tout à fait comparable à celui que demande le travail du bois ou du métal. Ni plus, ni moins difficile. Ni plus contraignant ou moins personnel. C’est comme avec tous les autres médiums, une fois que l’on a dépassé la période d’apprentissage et d’expérimentation, ça devient très intuitif et « la machine » se fait oublier complètement.

c) Les changements apportés par le numérique: rupture et continuité.
Dans l’ouvrage de Pierre Barboza (Du photographique au numérique, la parenthèse indicielle dans l’histoire des images, l’Harmattan, Paris, 1996.) il y a un rapprochement intéressant qui est fait entre cette nouvelle catégorie d’image - les images numériques - et celles qui existaient avant l‘apparition des techniques de captation et de saisie du réel. Il dira que le numérique renoue avec les images de représentation : « Avec la photographie, un processus de reproduction de l’objet référentiel vient s’immiscer dans cette longue histoire de la représentation. L’événement n’est pas anodin : un nouveau régime de l’image a fait irruption qui est déterminé par l’indice, l’empreinte physique, qui la relie au réel. Le cinéma, la télévision approfondissent le sillon, déployant chacun une relation particulière entre l’image et le temps. Cette caractéristique que partagent toutes ces images de captation du réel, les images indicielles, ne fait pas partie des propriétés de l’image numérique : ainsi se clôt une période de la vie des images marquée par ce passionnant alliage de la trace et du temps : la parenthèse indicielle referme. »
Voilà pour l’instant.

Isabelle Hayeur, Montréal