« L'exposition présente un ensemble de grandes impressions numériques réalisées au Centre SAGAMIE. Il s'agit d’images d’arbres captées au Jardin botanique de Montréal et dans la campagne ou sur le bord du fleuve à Saint-Jean-Port-Joli. Chaque image a été construite à partir d'une centaine de photographies numériques prises la nuit ; comme si j'avais scanné les arbres pour ensuite les reconstituer sur l'écran de mon ordinateur. Or je n'aurais pas entrepris ce travail si je n'avais pu créer un effet de perspective, de profondeur, et une impression de réalité. À travers un questionnement sur la représentation, mon intérét est le réel; je pense en trois dimensions.
Le concept hindouiste selon lequel la matière n'est que succession infinie d'ondes m'a toujours intrigué. Pour moi, le travail sur écran est une plongée dans la matière faite de millions de particules mouvantes et changeantes ; le copié-collé permet toutes les manipulations et variantes désirées, superposition de multiples surfaces. Le réel devient malléable, la matiére, frémissement. C'est comme si je travaillais avec une machine à images d'une volatilité quasi métaphysique.
Avant ce projet, la nature ne faisait pas partie de mes préoccupations. À mon étonnement, je renoue avec elle comme on retrouve un lieu aimé qu'on avait malgré tout oublié. Mais je découvre une nature différente ; j'ai le sentiment qu'elle n'est plus comme avant, elle semble contaminée par l'irréel, ou plus encore, le surréel. En faisant ces images, je n'ai pu m'empécher de penser à la manipulation génétique, au clonage et autres biotechnologies où naturel et artificiel ne font qu'un.
Pour accompagner ces images, j'ai demandé à un maître verrier de créer une douzaine de sphéres en verre soufflé. De tailles variées, elles sont toutes noires, d'un noir profond comme seul le verre luisant peut l'étre. Regroupées au sol, elles dialoguent avec les images fixées aux murs tout en nous renvoyant notre propre image. Les sphéres semblent flotter ; on les regarde, incapable de s'arréter, d'en fixer une définitivement. Elles nous suggèrent que le doute est peut-être un état essentiel dans le regard qu'on porte sur la réalité. »
Jocelyn Philibert
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