Voici quelques petites idées pour le volet 2 du colloque... ça va peut-être faire grincer les dents de certains... c’est ça qui est ça.

Et si l’on était un brin plus pervers
Sans gants blancs: je regrette qu’une bonne partie de la production actuelle réalisée en infographie d’art soit en fait une production de simili photographie… c’est-à-dire d’œuvres qui, à une époque pas si lointaine, auraient été réalisées en Cibachrome ou en photographie à couleur… procédés coûteux si l’on compare à l’infographie… si là se trouve le futur de l’infographie d’art, j’arrête tout… pas vraiment mais enfin… il faut aller plus loin. Je ne parle pas de la photographie numériqe qui profite de sa propre spécificité mais bien de ces images qui miment la photographie traditionnelle et ses résultantes sans apporter rien de nouveau à l’image. Que l’estampe infographique ou l’infographie d’art apparaisse comme une distorsion ou un métissage de la photo ou de l’estampe traditionnelle ne peut que faire avancer la recherche plastique. C’est ce que mon travail s’efforce de faire depuis près de 15 ans… jouer sur les limites et les frontières des médiums traditionnels par le biais de l’estampe infographique. Cependant il me semble nécessaire de continuer à rechercher des façons de faire en utilisant un vocabulaire propre à ce que représente l’infographie.

Personnellement je ne conçois pas mes œuvres comme photographies même si la photographie peut à la base être l’élément déclencheur. Il me semble nécessaire de pervertir ce donné à voir premier… C’est ce que certains de mes travaux ont tenté de faire dans une soixante dizaine d’expositions. Je pense par exemple à l’exposition PORTRAIT DE L’ARTISTE ALLANT ET VENANT VU À CENT PAS JUSTE AVANT UNE MAUVAISE CHUTE (Mois de la photo à Montréal) qui semblait donner à voir des photos de paysages là où se trouvaient des simulations créées entièrement par ordinateur… de près on percevait non pas le grain propre à la photo mais le pixel propre à l’infographie. Il y aurait sans doute d’autres exemples et d’autres artistes jouant de la perversion (Dominique Bardonnèche est une pionnière pour l’Europe comme Agnès Tremblay l’a été ici dès la fin des années ‘80)… je ne revendique aucun monopole de créativité infographique (car je n’en ai et n’en veux aucun) cependant je regrette de voir tant de fausses images à l’issue incertaine et si peu d’estampes infographiques ou d’infographies d’art originales… mais autres temps autres mœurs dit-on… le futur est peut-être là, une sorte d’inévitable… en ces jours où rapidité et rentabilité vont de pair, je suis sans doute déjà d’une autre époque… et pourquoi pas.

Ce que je remarque aussi c’est la relative facilité avec laquelle l’infographie est entrée dans les mœurs artistiques depuis un petit moment… à ce point que maintenant on expose des images faites après
quelques semaines d’expérimentation… où est passé le métier ? Quelle galerie ou symposium oserait exposer les lithographies d’un artiste maîtrisant à peine le procédé ? Quelle salle de concert présenterait le récital d’un pianiste débutant ? Il me semble que la facilité apparente que permet le traitement infographique précipite certains artistes à présenter des œuvres peu convaincantes. Il y a un métier à acquérir là comme ailleurs, métier qui demande du temps, temps pour le travail et la recherche… temps aussi pour laisser mûrir le travail. Je me souviens de mes premières expositions montréalaises où la vieille garde des Beaux-Arts ou de la photographie (je le dis en souriant, c’est eux qui le disait pas moi) venait voir, venait se faire convaincre qu’il ne s’agissait pas là d’un simple et agréable divertissement… venait s’assurer qu’il y avait de l’art et du métier là-dessous… maintenant il semble que la question ne se pose plus… anyway…

Voilà quelques pensées qui ne se veulent pas vérités… certains diront que j’exagère sans doute… à peine je crois.

Carol Dallaire, Saguenay