Étant donné que je me suis assumée tard comme artiste à plein temps, tu ne seras pas surpris de me voir écrire qu’en ce moment, je suis d’avantage préoccupée par la production que la dénomination en arts visuels. Mais puisque tu me le demandes, je me fais un plaisir de réfléchir brièvement sur le sujet. Toutefois me permettras-tu de le faire sous la forme d’un billet écrit au café du coin devant un expresso bien tassé. Ce n’est pas loin de la vérité. Par expérience, je peux affirmer que le discours afin de désigner les nombreuses facettes d’un domaine tel que les arts visuels n’est pas un exercice facile. J’en donnerai pour exemple les arts textiles, champ de création qui m’est plus familier. Lors de ma participation au groupe fondateur du conseil des arts textiles, en assemblée générale, nous étions arrivés à un consensus sur cette dénomination. À l’époque, nous trouvions qu’elle avait le pouvoir de réunir des artistes non seulement par les matériaux et les procédés qu’ils utilisaient mais aussi par le contenu de leur démarche créatrice: ce que nous appelions la pensée textile. Vingt ans plus tard, nous sommes de nouveau à la case départ. Et il se trouve toujours des membres qui remettent en question la désignation arts textiles. Ceci dit, mon choix pour une dénomination regroupant les formes d’arts produites par l’ordinateur est sans hésitation infographie d’art, pour la bonne raison qu’elle est inclusive. Une impression numérique peut être de l’infographie d’art mais la création d’une œuvre d’art assistée par ordinateur n’a pas forcément sa matérialisation finale sur une feuille de papier. Pour ce qui est de la confusion métier d’art et infographie d’art, elle me fait un peu sourire. Doit-on demander au sculpteur quand il utilise un ciseaux à bois, s’il a peur d’être associé aux métiers d’arts. L’ordinateur est aussi un outil et ses ancêtres sont le métier à tisser et le piano mécanique? Ce qui démarque un artiste, c’est la cohérence de sa démarche, la qualité et la finalité de son œuvre. Serions-nous réfractaire au métissage?

La réflexion et l’expresso, quel heureux métissage! Au plaisir.

Louise Bérubé, Montréal